La saturation
comme interprétation
Les premières Saturations ne sont pas nées d'une réflexion plastique. Elles sont nées d'un état — une période de saturation émotionnelle profonde. Je n'avais pas de mot pour ce que je traversais. J'ai commencé à écrire sans lever le marqueur de la surface, comme l'urgence de vider ce trop-plein.
Amour — marqueur sur plaque de plâtre
Au début, les mots sont choisis. Amour, Saudade, Gratitude — des mots en apparence naïfs que je vois, comme l'architecture précédemment, profondément ignorés par la société actuelle. On lit, on ne cherche plus à comprendre. Si je dois léguer quelque chose de lisible dans cette peinture, le mot doit compter. Je répète ce mot jusqu'à ce qu'il perde sa forme lisible — ou jusqu'à ce qu'il la renforce. La saturation ne laisse pas indifférent : elle vide ou elle grave.
Saudade — étude de carnet
Au fur et à mesure, la tension émotionnelle s'est distanciée, puis maîtrisée. J'ai écrit des lettres pour leur rythme, puis simplement des gestes. Le titre a cessé de précéder l'œuvre — il est arrivé après, reflet d'un état inconscient, comme une écriture automatique de ce que je traversais. Cette gradation est lisible dans la série : des premières œuvres denses et chargées aux plus récentes, où la couleur et la composition ont pris le relais de l'urgence.
N°2 — 2022
N°7 — 2022
N°12 — 2022
N°13 — 2024
N°16 — 2025
Ce que j'ai appris dans ce travail, c'est qu'une pratique peut être une discipline de résilience — non pas pour effacer ce qui a été vécu, mais pour se le réapproprier. Chaque Saturation est une trace de cet apprentissage : de l'exutoire forcé vers quelque chose de cultivé, de voulu, de libre. Encore aujourd'hui, elles oscillent selon mes temps de peinture.