Répétition du signe
& construction du motif
La répétition n'est pas une méthode. Dans Saturations, ma série fondatrice, je m'impose volontairement des œillères. Je m'efforce de ne pas composer jusqu'à ce qu'un point de dissolution apparaisse de lui-même après la répétition. Ce moment n'est pas cherché — il arrive. C'est seulement après lui que les décisions plastiques deviennent conscientes : couleur, format, densité.
Avant d'être une méthode plastique, la répétition est une loi du vivant. L'épi de blé, le sable que le vent strie, la vague qui se recompose : la nature répète sans intention, par nécessité de forme.
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L'homme a calqué ce geste dans ses constructions — la claustra devient une unité graphique de répétition tout comme la construction d'un mur, l'agencement d'un jardin.
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Ces motifs ne sont pas décoratifs : ils sont la trace d'une pensée qui s'est alignée sur quelque chose de plus ancien qu'elle. Une répétition valorisée par l'homme, et qui aujourd'hui se perd dans l'indifférence du regard. C'est de là que je pars.
Cela m'amène à considérer la répétition, le motif comme un état graphique : celui d'un geste qui se prolonge jusqu'à ce que le cerveau cesse de nommer ce qu'il trace. Ce que j'ai découvert dans ce travail, c'est que cet apaisement — cette suspension du sens — est aussi un espace que le spectateur peut habiter à sa manière, avec son observation, sa compréhension et ses souvenirs.
Le motif construit par répétition porte en lui une ambivalence : il peut être lu comme un ensemble, ou décomposé en unités. Cette tension entre le tout et le fragment est au cœur du travail — dans Semeia, je cherche la forme plastique via la répétition d'un caractère qui n'est alors plus complètement identifiable à l'unité. Le motif devient le caractère.
« aaa » en est l'exemple le plus direct — un "a" répété jusqu'à ce qu'il cesse d'être lisible à l'unité. Un ami y a lu un "s" en tentant de décomposer la lecture du motif. Le signe ne s'était pas perdu : il s'était multiplié. C'est peut-être ça, l'espace que j'essaie d'ouvrir — non pas un sens unique dissous, mais plusieurs lectures possibles, construites à partir des souvenirs visuels de chacun.