Lumière et geste
Cet axe est né d'une déception. En peignant petita — un "a" en magenta peu opaque sur fond bleu marocain — j'ai découvert que l'œuvre devenait quasi illisible avec la perte de lumière. Ce qui semblait un échec s'est révélé une question : que se passe-t-il quand le signe n'existe qu'à certaines conditions d'éclairage ? La lumière n'est pas un contexte de lecture. Elle est une composante plastique du signe.
petita — acrylique sur toile, 72×93 cm, 2024
Ce travail s'est nourri d'une lecture de Soulages — et d'un désaccord. Là où il refusait tout lien avec la calligraphie japonaise, j'y voyais au contraire des caractères : dans ses eaux-fortes, dans ses lithographies, quelque chose qui ressemble à de l'écriture sans en être. J'ai voulu explorer cette zone — non pas imiter, mais travailler à ma manière ce que lui refusait.
à — acrylique sur toile, 80×100 cm, 2025
Ces surfaces sont construites par couches successives, avec des temps de séchage, puis raclées — la matière est retirée pour faire apparaître le caractère par réduction. Le geste n'est pas tracé : il est creusé. La lumière rasante révèle ensuite ce que l'œil ne lirait pas en lumière frontale — elle devient le prisme par lequel le signe existe.
Le signe reste lisible — c'est voulu. Je ne cherche pas à contourner la lecture, je l'assume comme point de départ obligé. "On voit une lettre, ou quelque chose qui y ressemble" — et c'est précisément à partir de ce constat établi que la perception peut aller plus loin. La lisibilité n'est pas un obstacle : c'est le seuil.
i — acrylique sur toile, 80×100 cm, 2025
Je me définis moins par un style que par une méthode : l'essai avant la maîtrise, la brèche avant la certitude. Je maintiens volontairement une demi-ignorance de mon propre travail — pour que l'idée soit retranscrite de manière primitive, avant que le savoir ne la referme sur ce qu'il connaît déjà.