Le signe comme
héritage du vivant
Le méandre grec m'a longtemps intrigué. Ce motif géométrique et répété ressemble à un glyphe — on pourrait l'imaginer sur la Pierre de Rosette sans qu'il y fasse tâche. En cherchant son origine, j'ai trouvé : il vient du fleuve. Le mot lui-même vient du grec Maiandros, nom d'un fleuve d'Asie Mineure au cours particulièrement sinueux, que les Grecs anciens avaient divinisé. Un méandre est d'abord une courbe d'eau. L'homme l'a regardé, puis l'a retranscrit. C'est peut-être là que tout commence — la nature comme premier alphabet.
La flore sous le vent suit le même tracé que nos lettres cursives : ample, souple, ondulant. Je ne sais pas si la lettre a suivi ce geste avant de le précéder — mais c'est ce que je vois quand je regarde l'un et l'autre. J'essaie de retracer ce chemin : partir du signe pour retrouver le mouvement qui l'a rendu possible.
La lettre enferme parfois là où l'image ouvre. Les premières formes d'écriture connues — pictogrammes sumériens, hiéroglyphes égyptiens — représentaient le réel observé avant de l'abstraire en sons. Le signe a d'abord désigné une chose avant de désigner un son. Je travaille cette frontière : entre le signe qui appartient à tous et celui qui n'appartient qu'à une langue. Entre ce que le vivant transmet et ce que l'écriture retient.
Ce que je cherche dans cet axe, c'est à reconnaître les traces du vivant dans l'écriture — non pas comme une archéologie, mais comme une pratique vivante. Chaque geste que je pose prolonge quelque chose d'antérieur à moi. Je m'y inscris sans prétendre l'épuiser.